Le « en même temps » au service de l’industrie d’armement
Comme tous les deux ans, la nouvelle édition du salon Eurosatory doit se tenir du 15 au 19 juin prochains au parc des expositions de Villepinte. Dans ce supermarché mondial de la guerre et du contrôle, Israël occupe une place de premier rang : son « expertise » en matière de massacres de masse est indiscutable. L’industrie d’armement israélienne est florissante et les offensives actuelles sur Gaza, la Cisjordanie, le Liban et l’Iran ne font que renforcer sa place sur le marché international de la mort. Quoi de plus naturel, donc, que d’être présent à Eurosatory pour y faire miroiter ses nouvelles technologies militaires et répressives et y réaliser de juteuses affaires ?
Plus de trois ans après le début de son offensive génocidaire sur Gaza, Israël continue de multiplier les crimes et les provocations : occupation de plus en plus profonde dans le territoire libanais, opérations visant à occuper plus de 70% de Gaza, extension de son contrôle sur la Cisjordanie pour y implanter de nouvelles bases militaires, peine de mort mise en place pour les prisonniers palestiniens, arrestation illégale des flottilles, violences et humiliation de ses membres…
Tout cela reste insuffisant pour amener la France à condamner ouvertement Israël ou à envisager de réelles sanctions à son encontre, mais le gouvernement commence à être gêné aux entournures.
C’est dans ces conditions que vient d’être révélée la décision de la France d’interdire l’exposition d’armes israéliennes « offensives » au salon Eurosatory. La colère du gouvernement israélien s’est immédiatement exprimée dans les médias. Qualifiant la mesure de discriminatoire et honteuse, le Ministère de la Défense israélien a déploré ne pas pouvoir disposer d’un pavillon national ni participer pleinement à l’un des plus importants rendez-vous mondiaux de l’industrie de l’armement.
Mais cette limitation partielle révèle encore une fois le double-discours du gouvernement français : il ne s’agit toujours pas d’une interdiction totale, ni d’un désaveu franc et sincère de la politique mortifère d’Israël. la macronie tente de concilier l’inconciliable : dénoncer les exactions d’Israël face à la pression populaire tout en tentant de maintenir les meilleures rapports possibles avec ce pays pour servir ses intérêts.
Le raisonnement prétendant distinguer les armes « offensives » de celles qui ne le seraient pas reste profondément spécieux. Le général Charles Beaudoin, président du COGES, société organisatrice du salon, affirme que seront autorisés « uniquement les exposants israéliens qui présenteront des systèmes de défense antibalistique et antiaérienne ». C’est oublier qu’il s’agit là d’entreprises telles que Elbit Systems, Israel Aerospace Industries ou Rafael, qui fournissent l’essentiel du matériel utilisé par Israël dans ses opérations militaires meurtrières. Ces mêmes entreprises qui exportent leurs armes tout autour du monde, tout en bénéficiant de partenariats avec des nombreuses entreprises d’armement françaises. Limiter le matériel qu’elles pourront exposer ne les empêchera pas de profiter d’Eurosatory pour faire du business avec leurs nombreux clients et fournisseurs internationaux, et de profiter de cette publicité pour s’enrichir toujours plus.
Quand à l’argument selon lequel les systèmes « défensifs » du dôme de fer ne serviraient qu’à protéger des populations civiles, il est grand temps de l’abandonner : ce système anti-missile qui rend intouchable Israël est bien l’une des conditions centrales de son impunité, et donc de sa capacité à mener des offensives meurtrières dans l’ensemble de la région. Jamais Israël ne pourrait commettre ne serait-ce qu’une fraction des atrocités qu’il commet, s’il n’était pas assuré de pouvoir détruire en vol la moindre tentative de riposte de la part des agressé·es. Le dôme de fer est bien un instrument de domination mortifère.
C’est ce même dôme de fer qui sert d’excuse au gouvernement français pour poursuivre le commerce d’armement avec Israël par le biais de ses exportations. Alors que plusieurs rapports ont prouvé que la France avait bien vendu des composants d’armes et enchaîné des centaines de livraisons vers Israël au cours du génocide, la même rengaine était répétée une nouvelle fois par Sébastien Lecornu face au Sénat il y a quelques jours : « la France ne vend pas d’armes à Israël »… sauf pour « assurer sa défense ». Un argumentaire bancal qui ne vise qu’à tromper l’opinion publique en lui faisant croire que la France n’a rien à se reprocher.
Si la participation d’Israël à Eurosatory, ainsi qu’à tous les salons d’armement français pose question, c’est bien grâce à la mobilisation populaire : lors de la dernière édition du salon, en juin 2024, plus de 200 organisations avaient participé à la campagne « aucune arme israélienne à Eurosatory » à l’initiative de Stop Arming Israel France. Des milliers de personnes s’étaient mobilisées lors d’actions de mailing, phoning, rassemblements… De la rue aux tribunaux, cette pression avait permis l’annulation totale de la participation d’Israël au salon, et marqué un précédent décisif. Ce nouveau recul du gouvernement français doit donc nous inciter à poursuivre et à amplifier notre mobilisation.
Nous appelons toutes et tous à rejoindre la mobilisation contre Eurosatory initiée par la coalition Guerre à la Guerre lors de plusieurs journées de lutte du 12 au 15 juin :
- Vendredi 12 juin à Paris pour manifester contre le Pacte Asile & Migration et le Règlement Retour
- Samedi 13 juin à Saint-Denis pour une journée de rencontres, discussions, formations et de mobilisation
- Dimanche 14 juin à Paris pour la Pride Radicale anti-guerre et contre les génocides
- Lundi 15 juin à Villepinte pour nous opposer à l’ouverture du salon !
Plus d’informations sur Guerrealaguerre.net

