« GUERRE AUX PALAIS, PAIX AUX CHAUMIÈRES » – Tract de la CGT ArianeGroup

Ce texte a été diffusé par la section CGT ArianeGroup d’Issac/brest/Biscarosse le 05/02/2026, dans le cadre d’une semaine nationale d’action Stop Arming Israel. Nous le reproduisons ici dans son intégralité : Les arguments qui y sont développés sont selon nous utiles pour toutes et tous. Nous partageons et soutenons pleinement leurs réflexions et leurs revendications.

« GUERRE AUX PALAIS, PAIX AUX CHAUMIÈRES »
ET SI ON S’INTERROGEAIT SUR LA FINALITÉ DE NOTRE TRAVAIL, POUR FAIRE DE CE SLOGAN UNE RÉALITÉ ?

A travers ce texte, nous n’avons pas souhaité vous parler de l’embrasement du monde, dont les nouvelles les plus terrifiantes les unes que les autres nous submergent quotidiennement (Gaza, Groenland, Venezuela, Iran, Ukraine, Soudan, etc.).

Au lieu de cela, nous avons choisi de vous envoyer un appel solennel à ne pas vous résigner face à l’horreur, et construire un monde où chaque personne sur cette Terre pourra vivre dignement et en sécurité.

En préambule, clarifions les choses : porter un regard critique sur l’entreprise dans laquelle on travaille, ce n’est pas stigmatiser les salarié·es qui y travaillent.

SE DÉCULPABILISER POUR LIBÉRER LA PAROLE 

C’est un fait établi et documenté : en tant que travailleurs·euses d’une entreprise du complexe militaro-industriel telle qu’ArianeGroup, nous sommes, malgré nous, au cœur d’un écosystème mortifère qui prospère sur la guerre.

Que ce soit à travers la production de composants vendus par deux de nos filiales (Pyroalliance et Sodern) à l’Etat d’Israël pour mener sa quête génocidaire, la mise en orbites de satellites militaires permettant le bombardement de civils, où la conception des systèmes MBT (Missile Balistique Terrestre) et FLPT (Frappe Longue Portée Terrestre) dont les débris se retrouveront demain dans les ruines des quatre coins du monde, ArianeGroup se positionne comme un maillon de l’industrie de la guerre conventionnelle.

Et ne nous racontons pas d’histoires, la guerre d’aujourd’hui n’est plus la guerre d’hier : alors que par le passé, la majorité des victimes étaient des militaires professionnels, 90% des victimes des conflits actuels sont des populations civiles, y compris là où l’armée française opère.

Pour autant, ce n’est pas parce que nous sommes salarié·es d’une entreprise d’armement que nous devons fermer les yeux sur la finalité de notre travail, embrasser naïvement le discours pro-armement, et balayer d’un revers de main ces considérations, de peur de « scier la branche sur laquelle nous sommes assis·ses ».

Mais pour cela, il faut d’abord comprendre le système capitaliste dans lequel nous macérons.

En effet, ce qui caractérise ce système si singulier qui nous paraît pourtant si naturel, c’est la dépossession des travailleurs·euses des moyens de production [A] et l’obligation pour les travailleurs·euses de passer par un marché du travail pour subvenir à leurs besoins [B].

Abstraits à première vue, ces deux aspects sont pourtant très concrets vis-à-vis de la situation actuelle :

> [A] Nous n’avons pas le pouvoir de décider de ce que l’on produit.

Pour s’en persuader, il suffit pour cela de répondre aux questions suivantes :

  • Si j’avais le pouvoir de décider, est ce que je travaillerais de la même manière ?
  • Est-ce qu’avec mes collègues proches, nous produirions exactement la même chose ?
  • Débarrassés des sempiternelles injonctions de la Direction à « baisser les coûts » et à « produire plus vite », n’organiserions-nous pas notre travail différemment ? Sans QRQC, LPM, « Participate Initiatives », et autres absurdités du genre ?

Si demain, le nouveau PDG et les actionnaires d’ArianeGroup décident de nous faire fabriquer la chose la plus immorale du monde au prétexte que cela rapporterait de l’argent, on ne nous demanderait pas notre avis, à nous, salarié·es. Tel est l’état actuel des choses. Jusqu’à quand ? Quelle est la limite ?

L’entreprise capitaliste est ainsi profondément antidémocratique et autoritaire, où le pouvoir de décider est injustement retiré des mains de ceux qui produisent par leur travail, et accaparé par ceux qui ont du capital.

Il faut préciser ici un point : contrairement à l’idée reçue entretenue par les syndicats, ceux-ci ne disposent d’aucun pouvoir contraignant. Le « dialogue social » tant vanté n’est qu’une farce et un piège.

Seule la construction collective et autonome d’un rapport de force par les salarié·es garantit la préservation de leurs droits. Méfiez-vous de ceux qui disent vous représenter et vous protéger : le pouvoir de négociation que se confèrent les syndicats n’est qu’une posture vide et mensongère, ne laissant bien souvent la place qu’à la compromission.

> [B] Pour beaucoup d’entre nous, travailler ici est davantage un choix contraint que libre : pour (sur)vivre, il faut vendre sa force de travail à un patron.

Et contrairement à ce qu’a pu affirmer un DRH de notre entreprise à des salariés en grève, il est devenu très compliqué et risqué de quitter l’entreprise si ce que l’on nous donne à faire ne nous plaît pas.

D’une part, la plupart des gens ont des crédits, des enfants, et tout un tas de problèmes quotidiens.

D’autre part, les réformes de l’assurance chômage se superposent, resserrant l’étreinte, nous obligeant à être docile et à trouver la place la moins inconfortable dans ce système, en silence.

Il est donc urgent de nous déculpabiliser, de briser l’autocensure collective, et de permettre la critique de ce qui est fait dans nos murs, pour désamorcer cette fuite en avant guerrière et autoritaire du pouvoir, dans laquelle nous sommes, plus que quiconque, partie prenante.

PEUT-ON SE RÉJOUIR DES CONTRATS D’ARMEMENT OBTENUS PAR ARIANEGROUP ?  

Soyons clair, la guerre et la militarisation ne nous profiteront jamais.

En tant que travailleurs·euses du complexe militaro-industriel, nous devons être attentifs·ves à ne pas tomber dans le piège selon lequel plus ArianeGroup remporterait de juteux contrats, plus nous en bénéficierions. C’est une vision individualiste et dangereusement corporatiste.

Les intérêts des actionnaires et de la Direction ne sont pas ceux des salarié·es.

Les budgets colossaux et en constante augmentation alloués à la guerre et à la répression (guerre intérieure) sont autant de moyens retirés aux hôpitaux, aux écoles et aux universités, au tissu associatif de nos villes et nos villages, aux services publics ou au système de retraites, pourtant déjà en miettes.

Derrière la satisfaction nombriliste que nous, travailleurs·euses de cette industrie allons profiter de cette gigantesque manne financière qui s’annonce, ce sont bien les fondations de ce qui assure à tous et toutes de pouvoir vivre loin de la précarité et en sécurité qui sont démantelées.

Ainsi, pour reprendre la métaphore du paragraphe précédent : en acceptant cela, ce n’est pas seulement la branche sur laquelle nous sommes assis·es que nous scions, mais bien l’arbre et ses racines que nous abattons.

Par ailleurs, au-delà des considérations strictement économiques, les guerres et la militarisation ont toujours entraîné dans leurs sillages la brutalisation généralisée de la société, la flambée nationaliste autour de la prétendue union sacrée, et la montée des autoritarismes à travers la mise en place de lois d’urgences et d’exception, entre autres. Ces transformations sont déjà à l’œuvre, et avec elles, c’est bien le danger fasciste qui fait son retour en France, 80 ans après avoir été renvoyé dans les tréfonds de l’Histoire.

RÉSISTER ET REPRENDRE LE CONTRÔLE

Mais alors, que pouvons-nous faire ?

Comment sortir de cette apathie collective qui mène au désastre ?

On ne va pas vous vendre de solution prête à l’emploi, car il n’y en a pas.

Les transformations sociales émancipatrices doivent se construire collectivement, grâce à l’organisation autonome des travailleurs·euses et la construction d’un inévitable rapport de force contre les assauts de la classe dirigeante.

Pour autant, afin d’entrevoir un futur universellement plus enviable, quelques grandes lignes peuvent être esquissées :

>>> Desserrer l’étreinte : il est urgent de stopper le recul des garanties sociales et des solidarités par les offensives néolibérales, et de conquérir de nouveaux droits. La précarisation et la mise en œuvre d’une concurrence généralisée entre tous·tes est un outil politique utilisé par ceux qui nous gouvernent pour nous maintenir la tête sous l’eau, et nous empêcher de nous rassembler contre les nuisances du capitalisme.

>>> Refuser le chantage à l’emploi : prenons conscience de notre force collective et de notre capacité d’auto-organisation : nous avons les savoirs et les compétences, nous savons utiliser les machines et les logiciels. Nous pouvons être autonome, contrairement à la Direction et aux actionnaires qui dépendent lamentablement de notre travail : ce ne sont pas eux qui nous offrent généreusement un emploi, ce sont les travailleurs·euses qui acceptent naïvement qu’ils s’accaparent injustement une partie des fruits de notre travail. Renversons ce chantage.

>>> Réorienter la production : face au positionnement d’ArianeGroup sur le secteur de l’armement conventionnel, imposons une réorientation du fruit de notre travail vers d’autres secteurs, peut-être moins lucratifs, mais avec davantage de plus-value sociale (santé, transports, etc…).

Et ce n’est pas utopique : dans les années 1970, les travailleurs·euses du géant britannique de l’armement Lucas Aerospace mettent en œuvre un plan de reconversion pour fabriquer des produits utiles à la communauté telles que des dialyses, des pompes à chaleur, ou des transports propres, avec les mêmes machines et compétences que celles qu’ils utilisaient pour fabriquer des armes.

Bien entendu, ces transformations sociales n’arrivent pas du jour au lendemain. Elles s’inscrivent dans le temps long et nécessitent le tissage de solidarités et de liens forts entre travailleurs·euses.

Ne nous empêchons pas de les penser et de les construire.

N’hésitez pas à rejoindre les collectifs et les syndicats, mais n’attendez surtout pas que les élus syndicaux agissent à votre place : l’institutionnalisation et la bureaucratisation des syndicats agissent davantage comme un régulateur de la colère que comme une force motrice. Alors, faites du syndicat votre outil.

Il est d’urgence vitale d’enrayer la spirale guerrière dans laquelle nous sommes tous·tes embarqué·es.

❶ https://stoparmingisraelfrance.noblogs.org/ressources-pour-agir/guide-des-entreprises-francaises-darmement-complices-disrael/

❷ https://press.un.org/fr/2019/cs13822.doc.htm

❸ https://www.humanite.fr/monde/france/la-france-impliquee-dans-des-bombardements-de-civils-en-egypte-les-revelations-explosives-de-disclose-728344

❹ https://contre-attaque.net/2025/10/16/7-milliards-en-plus-pour-la-guerre-7-milliards-en-moins-pour-la-sante/

❺ https://contre-attaque.net/2026/01/30/en-2026-4000-postes-enseignants-en-moins-7-milliards-deuros-et-40-000-recrutements-pour-larmee/

❻ Ce sont les traumatismes engendrés par de la boucherie qu’a été la Première Guerre mondiale qui accouchera quelques années plus tard du fascisme. Voir par exemple : https://agone.org/le-fascisme-enfante-par-la-guerre-coloniale-et-mondiale/

❼ https://autogestion.asso.fr/lucas-aerospace-contre-plans-ouvriers-alternatifs/


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